Le squat à Marseille, un problème de plus pour les quartiers difficiles

Une de mes amies se révoltait contre la mairie et 13 habitat qui procédaient à des expulsions de squatter en pleine année scolaire. Le débat s’est donc engagé sur Facebook entre le droit de la propriété et l’humanisme. Le sujet est difficile.

Je suis très favorable, comme chacun à ce que tout le monde dispose d'un toit et d'un chez soi.  Mais quand vous donnez des droits aux uns, cela doit-il se faire sur le dos des propriétaires privés ? Est-ce le sdf ou le mal logés qui doit au hasard choisir son logement à squatter?

Depuis que la loi habille les droits des squatters, le propriétaire est le payeur sans aucun recours.
Je vais tenter donc de ne voir ce problème complexe qu’à travers mes yeux d’agent immobilier, à travers ce que font mes clients et les réactions du marché et pas à travers les considérations politiques, car ce n’est pas mon métier.

Une longue dégradation de la notion de propriété :

Ce qui était exceptionnel une fois par an en 2005 au maximum est devenu une habitude de nos métiers (une fois par mois). Sortir les squatters des appartements entre 2 locations ou des appartements à la vente fait désormais partie de notre quotidien.
Cela ne concerne heureusement qu’une partie de notre ville, certains grands immeubles du 3ème et des quartiers Nord, mais ce phénomène se multiplie et devient inquiétant.
Un de mes clients cherche à vendre son appartement depuis deux ans dans un immeuble du bd National « le Gyptis » sans y arriver. 3 squats en 18 mois. Il cherche à le vendre à 26 000€ pour un 45 m2. Sans résultat et peu d’espoir. C’est son cas qui m’a incité à faire cet article.
Quand, vous ne pouvez ni louer ni vendre, que vaut votre droit à la propriété ?
Quand vous êtes obligés de murer la porte et les fenêtres de votre appartement : est-ce encore un appartement ? Une propriété ?
Combien vaut cet appartement muré ? Combien valent les appartements de l’étage qui sont tous murés dans cet immeuble ?
Bref, le squat organisé dans cet immeuble prive les propriétaires de tout droit. Le bien ne vous appartient plus et la loi n’offre aucune solution à cette déshérence.

Les conséquences pour mes clients :

Quand un squatter s’approprie votre bien en cassant la porte ou la fenêtre et le volet ou le mur pour pouvoir y rentrer, vous n’avez que deux jours pour le sortir…deux jours, ce n’est pas beaucoup pour s’en rendre compte. Évidemment, c’est au propriétaire coupable d’avoir laissé sans surveillance son appartement de faire les démarches et d’en assumer le coût. Souvent 2000€ (frais d’huissier, d’avocat, remise en état de la porte…)

barre d'immeuble squater a marseille

Quand le squatter est resté 48h, il bénéficie d’un droit d’occupation sans aucune contrepartie ni durée …et ce tant qu’ils occupent l’appartement.

Le squatter peut même tout casser, tout défoncer, rester sans rien payer. Il aura même droit à des allocations logement pour son futur logement. Oui, c’est notre système d’allocation qui ne lie pas allocation et comportement responsable ou respectueux du bien d'autrui.

Le squatter est victime de ne pouvoir se loger, de sa misère, mais en plus il est protégé par notre système d'aide.

Le propriétaire, lui est victime de ne pouvoir utiliser son bien comme il lui semble, mais il est responsable de tout financièrement et doit tout payer.

Le droit de la propriété est donc amputé ou plutôt, le système lui a été rajouté un aléa coûteux.
Je me souviens qu’une fois à saint Marcel, les squatters avaient fait des trous dans la cage d’escalier pour rentrer dans un appartement. Ils étaient 6 Roms. Nous avons pu nous en apercevoir dans les 48h et grâce à la police les expulser. Pour calmer la situation, ils ont passé les 2 jours qui ont suivi dans un hôtel aux frais du contribuable.
Vous imaginez la réaction de mon client…quand nous lui avons raconté tout cela.

Les conséquences sur le marché immobilier:

L’insécurité juridique générée par ces squats devient très profonde dans certains immeubles et dans certains quartiers. Donc, ils sont abandonnés d’abord par les propriétaires occupants puis par les locataires qui ont la possibilité de partir puis par les propriétaires bailleurs traditionnels.

Devinez qui rachète ces appartements, car il y a toujours un acheteur : des propriétaires qui sont des marchands de sommeil ou des propriétaires qui placent des locataires les plus fragiles.
Impossibilité de louer à des locataires solvables, impossibilité de vendre à des propriétaires occupants ou des bailleurs privés traditionnels, c’est condamner un immeuble.

Dans une copropriété de propriétaires bailleurs, quand les loyers ne sont pas payés par des locataires insolvables, les charges ne sont également pas payées… donc le syndic ne peut faire son travail…donc souvent, la copropriété change de syndic pour un syndic moins cher qui s’investit encore moins faute de temps et souvent de compétence…donc les dettes s’accumulent et l’immeuble devient ingérable.

En dernier recours, il y a parfois des interventions publiques. Ils investissent des millions en pure perte pour tenter de trouver des solutions là où il n'y en a pas, sauf la destruction. L’immeuble est condamné à être détruit sous 15à 20 ans, car sa mauvaise image le condamne, quels que soient les efforts et les fonds investis.
Bref un cercle vicieux de la pauvreté qui s’enclenche.

Le problème du logement est aussi un problème du droit à la propriété et de la sécurité juridique.

Si vous êtes confronté à un squat, nous avons publié un article: sur quoi faire quand vous êtes confrontés à un squat?

Sinon, contactez notre équipe pour toute question ou explication.

 

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